BITCOIN EN DANGER : LES VRAIES MENACES EN 2026
- khazzaka
- il y a 5 heures
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Nouvelle interview de Michel KHAZZAKA par Surfin Bitcoin avec Jonathan Herscovici publiée le 1 mars 2026 sur ce lien :
Article dédié au débunkage des “risques” de Bitcoin avec Michel KHAZZAKA (Valuechain.pro), qui structure l’analyse en financier/technique/systémique:
La chute récente (60–65 k$) vient surtout du levier et des ETF (≈4% de l’offre) qui ont vidé une liquidité de marché limitée, sans changer les fondamentaux; cycles post-halving et latence ~18 mois rappelés, appel à l’investissement long terme/DCA.
Côté technique: l’identité ou les mouvements du wallet de Satoshi n’affectent pas le protocole (gouvernance par BIP), le risque quantique est lointain (10–20+ ans) avec des pistes type BIP-360 et une transition soft fork possible; même un hack d’anciens wallets serait absorbé par le marché. Côté mineurs: après 2140 les frais suffiront, la difficulté s’ajuste, la rentabilité dépend du prix (~30–40 k$), et la géographie (US 30–40% vs Chine/Kazakhstan/Russie) limite une capture; une attaque 51% coordonnée resterait extrêmement coûteuse.
Côté systémique: les interdictions échouent (ex. Nigeria) car la censure est contournée globalement; les stablecoins (Tether, initiatives SG‑Forge/Kivalis, enjeux MiCA2) servent surtout de pont/liquidité et peuvent alimenter l’inflation, mais resteront complémentaires, Bitcoin étant le point de Schelling et, in fine, “le meilleur stablecoin”.
Introduction
Jonathan :
On entend beaucoup de choses sur Bitcoin en ce moment. Bitcoin va mourir, Bitcoin va aller vers zéro. L’idée aujourd’hui est de débunker ces éléments de langage, notamment ceux de la presse traditionnelle. Avant cela, est-ce que tu peux te présenter rapidement pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Michel :
Je suis Michel Khazzaka, fondateur de Valuechain, un cabinet de conseil spécialisé dans les paiements, la blockchain et les crypto-paiements. J’accompagne depuis de nombreuses années les banques, les commerçants et différents acteurs du secteur des paiements, en France comme à l’international. J’ai eu l’occasion de travailler sur toute la chaîne de valeur des paiements, depuis l’Australie jusqu’au Canada, et j’observe Bitcoin depuis 2010. Cela m’a donné le temps de l’étudier en profondeur et d’accompagner mon industrie dans sa compréhension de ce sujet. J’enseigne également la blockchain, les transactions sécurisées et Bitcoin à l’université, et je participe aux travaux du France Payment Forum. J’ai aussi publié des travaux sur l’efficience énergétique de Bitcoin par rapport au monde bancaire, ainsi que sur sa résistance à la censure.
1. Volatilité, chute du prix et perception du risque
Jonathan :
Quand Bitcoin chute, beaucoup y voient la preuve qu’il s’agit d’un actif condamné ou structurellement fragile. Est-ce que cette lecture te paraît juste ?
Michel :
Non. La volatilité de Bitcoin ne remet pas en cause ses fondamentaux. Bitcoin a toujours connu des phases de hausse très fortes, suivies de corrections importantes. Ce type de mouvement fait partie de sa nature de marché émergent. Ce qu’il faut regarder, ce n’est pas uniquement le prix à court terme, mais la solidité du protocole, la dynamique d’adoption et la profondeur progressive du marché.
L’un des phénomènes récents, c’est l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment institutionnels, via les ETF et des acteurs comme BlackRock. Cela modifie les dynamiques de marché, apporte de nouveaux volumes et peut accentuer certaines phases de correction ou de spéculation. Mais cela ne change pas les fondamentaux de Bitcoin. Pour un investisseur de long terme, une correction peut même être analysée comme une opportunité d’entrée progressive, à condition d’avoir une logique de prudence et de discipline.
2. Le risque lié à Satoshi et au mythe du “wallet hacké”
Jonathan :
Une inquiétude qui revient souvent concerne Satoshi Nakamoto. Certains se demandent ce qui se passerait si son identité était révélée, ou si ses bitcoins étaient soudainement déplacés. Est-ce un vrai risque pour Bitcoin ?
Michel :
C’est un sujet important, mais il faut bien distinguer le risque symbolique du risque systémique. La révélation de l’identité de Satoshi pourrait évidemment produire un choc psychologique ou médiatique, et peut-être un choc de marché. Mais cela ne remettrait pas en cause le fonctionnement du protocole lui-même. Bitcoin ne repose pas sur la présence active de son créateur. Il fonctionne justement parce qu’il s’est émancipé de toute figure centrale.
La vraie question technique n’est pas tant celle de l’identité de Satoshi que celle de la sécurité des signatures cryptographiques si, un jour, certaines capacités technologiques permettaient de les compromettre. C’est là que la réflexion devient sérieuse.
3. Le risque technologique : les ordinateurs quantiques
Jonathan :
Venons-en justement au risque technologique. Une question revient souvent, y compris chez nos clients : est-ce que demain les ordinateurs quantiques pourraient hacker le wallet de Satoshi, ou d’autres wallets, et voler les bitcoins ?
Michel :
C’est un sujet sérieux, mais souvent mal formulé. Il faut d’abord rappeler que, dans le secteur bancaire et celui des banques centrales, on travaille déjà aujourd’hui sur des protocoles pensés pour être adaptables à l’ère quantique. Les nouveaux systèmes ne sont pas forcément “quantum proof” dès le premier jour, mais ils sont conçus pour pouvoir évoluer dans cette direction.
Bitcoin, lui, n’a pas été conçu à l’origine avec cette contrainte, simplement parce que ce n’était pas une problématique centrale au moment de sa création. Mais il faut être précis : Bitcoin ne chiffre pas les données comme le ferait un système de confidentialité. Bitcoin est un registre public. Tout est visible. Son modèle de sécurité ne repose pas sur l’opacité, mais sur la transparence, la vérifiabilité et la robustesse collective du système.
Le point sensible, ce n’est donc pas un chiffrement de contenu, mais la signature. Le risque théorique serait qu’un acteur puisse casser une signature cryptographique et signer à la place d’un autre utilisateur. C’est cela qu’il faut protéger. Aujourd’hui, la signature utilisée par Bitcoin est très sécurisée, mais elle n’est pas encore, à proprement parler, résistante au quantique. C’est un sujet réel, mais pas une preuve que Bitcoin serait condamné à court terme. Des pistes d’adaptation existent déjà.
4. Minage, émission monétaire et avenir économique du réseau
Jonathan :
Autre sujet qui revient souvent : si les récompenses de bloc diminuent avec le temps jusqu’à disparaître, est-ce que les mineurs auront encore un intérêt à sécuriser Bitcoin ?
Michel :
Là encore, il faut sortir des raccourcis. Le fait que l’émission monétaire diminue progressivement ne signifie pas que l’incitation économique des mineurs disparaîtra brutalement. D’abord, cette évolution s’étale sur un temps extrêmement long. Ensuite, la rémunération des mineurs ne repose pas uniquement sur la subvention de bloc, mais aussi sur les frais de transaction.
Si Bitcoin continue à prendre de la valeur, et si son usage comme infrastructure monétaire ou de réserve continue à se renforcer, alors les frais peuvent prendre une place croissante dans l’économie du minage. Il est donc faux de dire que la fin progressive de l’émission signifierait automatiquement la fin de la sécurité économique du réseau. Il faut regarder l’ensemble de la dynamique, pas seulement un paramètre isolé.
5. Centralisation du minage et risques d’attaque
Jonathan :
Certains craignent aussi la concentration du minage dans certains pays ou entre quelques grands acteurs. Est-ce que cette centralisation peut menacer Bitcoin ?
Michel :
Il existe effectivement une géopolitique du minage, et elle mérite d’être suivie sérieusement. Mais cela ne signifie pas qu’une attaque crédible contre Bitcoin soit aujourd’hui facile ou probable. Même dans l’hypothèse extrême où de très grandes puissances décideraient de coordonner une attaque, le coût économique serait colossal.
On peut imaginer, en théorie, qu’un groupe d’États essaie de mener une double dépense. Mais s’ils y parvenaient, cela leur coûterait extrêmement cher, et surtout cela irait à l’encontre de leur propre intérêt stratégique. La théorie des jeux montre justement que la structure d’incitation rend ce type d’attaque très peu rationnel. Le risque n’est donc pas nul au sens théorique, mais il n’apparaît pas crédible dans le monde réel actuel.
6. Les États peuvent-ils interdire Bitcoin ?
Jonathan :
Passons à la dernière grande partie : les menaces systémiques, politiques ou stratégiques. Une question revient souvent : que se passerait-il si les États interdisaient Bitcoin ?
Michel :
Il faut déjà rappeler qu’ils ne l’ont pas réellement fait. Des réglementations comme MiCA ne visent pas Bitcoin en tant que tel de manière existentielle ; elles encadrent surtout d’autres segments, notamment les stablecoins. Bitcoin, en réalité, reste très difficile à cibler directement comme protocole global.
J’utilise souvent cette image : Bitcoin ressemble à un avion de chasse que l’on essaie d’abattre, mais qui lâche derrière lui des leurres. Beaucoup d’attaques réglementaires ou médiatiques se concentrent sur ce qui gravite autour de lui — altcoins, stablecoins, intermédiaires — plutôt que sur Bitcoin lui-même.
Bien sûr, certains risques existent : fiscalité, obligations déclaratives, éventuelle taxation plus agressive dans certains pays. Mais ce ne sont pas, à ce stade, des risques systémiques capables de “tuer” Bitcoin. Pour réellement neutraliser Bitcoin à l’échelle mondiale, il faudrait une coordination internationale extrêmement poussée, avec une capacité à imposer des contraintes homogènes sur tous les acteurs du réseau. Et même dans ce cas, sa neutralité resterait très difficile à casser. Si un mineur d’un pays refuse de traiter certaines transactions, un mineur dans une autre juridiction pourra les inclure. Le réseau garde ainsi une capacité de résilience très forte face à la censure.
7. Bitcoin, stablecoins et guerre monétaire
Jonathan :
Dans cette logique géopolitique, comment situes-tu Bitcoin par rapport aux stablecoins et aux enjeux monétaires internationaux ?
Michel :
Les stablecoins jouent un rôle important comme infrastructure de transition, de circulation et d’adoption. Ils peuvent servir de pont dans l’écosystème. Mais ils ne remplacent pas Bitcoin dans sa proposition de valeur fondamentale. Les stablecoins restent adossés à des monnaies fiduciaires et s’inscrivent dans des logiques de souveraineté, d’émetteurs et de régulation différentes.
Il y a aujourd’hui un vrai sujet de souveraineté, notamment en Europe, face à la domination d’acteurs étrangers dans le domaine des stablecoins. Cela pose des questions d’interopérabilité, de contrôle et d’influence monétaire. Mais précisément, cela montre que Bitcoin et les stablecoins ne jouent pas dans la même catégorie. Ils peuvent coexister avec les monnaies fiduciaires, chacun avec leur utilité propre. Bitcoin conserve, lui, une place singulière comme actif monétaire décentralisé et global.
Conclusion
Jonathan :
Si tu devais résumer, au fond, est-ce que Bitcoin est vraiment en danger ?
Michel :
Bitcoin fait face à des débats sérieux, à des défis techniques réels et à des enjeux géopolitiques de grande ampleur. Mais beaucoup des scénarios alarmistes mis en avant dans le débat public relèvent davantage du fantasme, du raccourci ou d’une mauvaise compréhension du système que d’une menace immédiate et crédible.
Le risque quantique est un sujet d’anticipation, pas une condamnation imminente. La fin progressive de l’émission monétaire ne signifie pas la disparition de l’incitation des mineurs. Les États peuvent compliquer certains usages ou certains accès, mais ils ne neutralisent pas facilement un protocole mondial, distribué et résilient. En ce sens, Bitcoin n’est pas sans risques. Mais il est souvent beaucoup moins vulnérable qu’on ne le dit — et parfois bien plus solide que ses critiques ne veulent l’admettre.




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