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BITCOIN, STABLECOINS ET DOLLAR : LE NOUVEAU RAPPORT DE FORCE MONÉTAIRE

  • khazzaka
  • il y a 4 heures
  • 4 min de lecture

Bitcoin, stablecoins et dollar : le nouveau rapport de force monétaire

Lors de mon intervention sur France 24 Arabic, j’ai analysé le repli récent des marchés crypto et ce qu’il révèle réellement sur Bitcoin, les stablecoins, les banques centrales et l’évolution du système monétaire mondial.


Pourquoi la crypto peut bouger aussi violemment

Quand on parle du “marché crypto”, on parle en grande partie de Bitcoin — auquel s’ajoutent Ethereum et les stablecoins. Mais il faut distinguer la capitalisation totale et la liquidité réellement disponible sur les marchés : une fraction seulement de l’offre circule activement. Cette réalité rend le marché plus sensible aux flux : des volumes d’achat/vente relativement limités peuvent provoquer des mouvements de prix disproportionnés.


Premier moteur : les taux d’intérêt et le retour du “rendement prévisible”

Le facteur macro le plus important derrière la baisse est le niveau des taux directeurs — en particulier aux États-Unis, mais aussi en Europe et au Japon. Lorsque les taux restent élevés, une partie des investisseurs se repositionne vers des placements offrant un rendement plus prévisible, “modélisable”, et réduit l’exposition aux actifs plus volatils. Dans beaucoup de portefeuilles, Bitcoin reste traité comme un actif risqué : quand le rendement sans risque redevient attractif, le réflexe de “réduction du risque” se renforce.


Deuxième moteur : l’économie du minage et la pression post-halving

La dynamique du minage compte aussi. À chaque halving (tous les quatre ans), l’émission quotidienne de nouveaux bitcoins est divisée par deux. C’est un mécanisme structurellement favorable à la rareté de Bitcoin sur le long terme, mais il peut créer une pression à court terme sur les mineurs, notamment ceux dont les coûts sont élevés ou les bilans fragiles. Certains peuvent alors être contraints de vendre plus de bitcoins qu’ils n’en produisent, simplement pour financer leurs opérations ou éviter l’insolvabilité. Dans ces phases, les ventes liées aux mineurs peuvent accentuer les baisses.


Troisième moteur : géopolitique, attentes de marché et “acheter la rumeur, vendre la nouvelle”

Les marchés “achètent la rumeur et vendent la nouvelle”. Les attentes politiques peuvent alimenter une hausse bien avant que les effets concrets ne se matérialisent. C’est une des raisons pour lesquelles il peut y avoir un décalage entre des discours politiques favorables et une baisse à court terme : la stratégie se déploie sur des années, alors que le prix réagit à l’instant.


Sur le plan stratégique, les États-Unis ont des incitations claires à prendre la tête de l’économie crypto, notamment sur deux axes :


  • Concentrer de l’infrastructure et de la liquidité (industrie, minage, capacité).

  • Déployer une couche monétaire numérique via des stablecoins privés adossés au dollar — plutôt qu’une MNBC (CBDC) de détail.


MNBC vs stablecoins : deux trajectoires radicalement différentes

L’Europe a privilégié un cadre réglementaire (notamment MiCA) et des initiatives de monnaie numérique de banque centrale. Les États-Unis, eux, ont davantage favorisé un modèle porté par le secteur privé via des stablecoins, tout en se montrant hostiles à une MNBC de détail. Ce choix est autant économique que géopolitique.


Les stablecoins adossés au dollar créent une demande structurelle d’actifs “sûrs” en dollars pour constituer les réserves. En pratique, l’usage mondial des stablecoins peut renforcer la domination du dollar en exportant son unité de compte dans les marchés numériques, tout en reliant ces réserves à la dette souveraine américaine via des instruments de trésorerie. C’est dans ce sens que je parle d’un “mariage” : Bitcoin comme actif rare et mondial d’un côté, stablecoins comme couche de distribution programmable du dollar de l’autre.


“La crypto sert au crime” : ce que suggèrent les faits

On entend souvent que les cryptos seraient principalement un outil de blanchiment ou de financement illicite. La réalité est plus nuancée. Les blockchains sont transparentes par nature : les transactions sont visibles, traçables et analysables. Des usages illicites existent — comme dans tout système financier — mais l’idée que la crypto serait intrinsèquement “plus sale” ignore souvent le niveau de traçabilité et l’ampleur des flux illicites qui circulent aussi dans les monnaies traditionnelles.


Un repli “dangereux” ou une purge saine ?

Je considère ce type de baisse davantage comme une phase de nettoyage que comme une rupture structurelle. L’excès de levier via les produits dérivés (leviers élevés) se fait généralement “purger” lors de mouvements brusques. Les liquidations forcées sont douloureuses, mais elles peuvent assainir la structure du marché.



Bitcoin et or : diversification plutôt qu’idéologie

Je ne donne pas de conseil d’investissement. En revanche, je partage un cadre de lecture : Bitcoin s’apparente de plus en plus à une forme d’“or numérique” — rare par conception — et, dans certains contextes, se comporte comme un actif de réserve à long terme dans l’économie digitale.


Pour ceux qui choisissent une exposition, tout se joue sur l’horizon et la tolérance au risque:

  • À court terme, Bitcoin peut être inadapté si l’on cherche la stabilité.

  • À long terme, la discipline de taille de position est clé : n’allouer que ce qu’on peut accepter de voir fluctuer.

  • Dans une logique de diversification, il est cohérent de voir l’or et Bitcoin comme appartenant à une même “famille” de réserve de valeur, avec des profils de risque différents.


Au fond, la question évolue : on ne débat plus seulement “Bitcoin ou or ?”, mais plutôt “comment équilibrer intelligemment les deux dans un monde où la liquidité devient numérique et où les régimes monétaires se recomposent ?”




 
 
 

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